Marche pour la retraite à 60 ans : pour l’USTKE et FO, « ce n’est qu’un début », « Cafat : régimes » LNC 23.03.2019

Marche pour la retraite à 60 ans : pour l’USTKE et FO, « ce n’est qu’un début », « Cafat : régimes » LNC 23.03.2019

Les deux syndicats ont réuni au moins 1 500 manifestants, hier matin, pour s’opposer à l’idée d’un report de l’âge légal de la retraite Cafat à 62 ans.Quel rapport de force sur les retraites ? A eux deux, FO et l’USTKE pesaient en 2018 31 % des voix du privé. Les trois syndicats favorables au projet de réforme, cumulent 44 % de représentativité. Le patronat soutient unanimement la réforme.Si l’USTKE et Force ouvrière partagent quelque chose, c’est bien l’expérience des défilés. « Mais d’habitude, c’est chacun de son côté » , pointent les deux syndicats, qui ont pris un peu de temps à joindre leur cortège hier matin, à la sortie de la Vallée-du-Tir. Mais c’est bien ensemble que leurs militants ont marché vers le siège du Medef puis vers le gouvernement. Les baffles, montés sur camions et noyés dans une forêt de drapeaux hurlaient dès 10 heures les premiers décomptes : « Nous sommes plus de 3 000 pour dire non ! » , lance Henri Juni depuis le char de FO. Les autorités, elles, n’ont recensé que 1 500 manifestants. Mais le message reste clair : « Pas touche à la retraite à 60 ans. » « Ils veulent reporter l’âge légal de départ des retraites Cafat à 62 ans et on ne laissera pas faire, précise André Forrest, le président de l’USTKE. On a une jeunesse qui ne demande qu’à travailler, ce n’est pas en forçant les salariés à rester deux ans de plus qu’on va leur faire de la place. »L’emploi et « l’injustice » , voilà les deux fers de lance de l’opposition. Force ouvrière, qui comme la CGT – partenaire historique de l’USTKE – avait participé à la mobilisation nationale pour le maintien de la retraite à 60 ans en 2009, insiste sur les « différences d’espérance de vie entre le Sud, le Nord et les Îles » et le « droit à prendre sa retraite avant d’être en mauvaise santé ». « Du repos pour les vieux, du boulot pour les jeunes », résument les slogans repris par la foule.RIEN AVANT 2023Un débat posé depuis plus d’un an dans le paysage social. Le régime retraites de la Cafat, qui sert 32 000 pensions aux anciens salariés du privé, se déséquilibre peu à peu sous la pression de la démographie – l’espérance de vie augmente – et de l’économie – la crise a pesé sur les cotisations. Au rythme actuel, le fonds de réserve, pourtant remis à flot par un premier report de l’âge légal en 2009, pourrait être asséché avant 2025. Raison pour laquelle la majorité des partenaires sociaux – Usoenc, Cogetra et CFE-CGC côté salariés, Medef, CPME, U2P côté patronat – estiment qu’un report de l’âge légal est « nécessaire pour la pérennité du régime » .« Ce n’est pas une décision facile, mais c’est une décision responsable », assurent-ils. Dans une lettre au gouvernement, ils conditionnent tout de même la réforme à une nouvelle étude, l’année prochaine, et proposent d’étaler le report sur trois ans, entre 2023 et 2026. Parmi les signataires, le mouvement de l’USTKE et de FO agace : « C’est facile de se faire mousser sur notre dos, pointe un syndicaliste. Mais ils n’ont rien de concret à proposer. »ET LES COTISATIONS ?Les deux syndicats ne présentent effectivement aucune alternative précise au report de l’âge. « Parce que le Medef refuse depuis le début d’envisager d’autres pistes et que les autres suivent, assène Firmin Trujillo, secrétaire général de FO. Et les cotisations ? Il y a d’autres leviers, mais on ne peut pas les étudier seuls. » Augmenter les cotisations ? Le patronat a mis en garde sur les conséquences sur l’emploi. Les déplafonner ? FO et l’USTKE pointent vers les « 43 milliards de francs de hauts salaires exonérés » . Les signataires, eux, expliquent que cette piste ne règle pas le problème, « puisque chaque cotisation engendre des droits » . Un débat qui finira forcément par atteindre les élus qui, s’ils ont l’habitude de suivre les partenaires sociaux en la matière, ont le dernier mot. « Cette marche, ça n’est qu’un début » , prévoit André Forrest.Les groupes politiques restent très prudentsLe débat sur l’âge de départ à la retraite est pour l’instant très sourd côté politique. « La Cafat est un organisme paritaire et on s’en remet surtout à la position des partenaires sociaux sur la façon de gérer le régime » , explique Philippe Michel, de Calédonie ensemble. Les Républicains calédoniens et le Rassemblement-Les Républicains adoptent la même prudence. « Le régime entre dans une situation difficile et ce report est un des moyens de redresser la situation, estime hierry Santa. Aux partenaires sociaux de dégager une majorité, la plus forte possible. » « Mais rien n’est acté, rappelle Christopher Gygès, qui suit le dossier au gouvernement. Il y a une majorité qu’il faut écouter, mais elle dit aussi d’attendre la future étude pour prendre des décisions. »L’UC veut « travailler sur d’autres pistes »Côté indépendantiste, le groupe Uni n’exclut rien : « Le déplafonnement est une vraie question à poser, pointe Louis Mapou. Mais les élus n’ont pas encore été saisis et n’ont pas toutes les données pour juger. » Seule l’Union calédonienne défend clairement les manifestants : « On a assez de chômeurs qui sont jeunes et en âge de travailler. Il ne faut pas s’engouffrer dans la voie de la facilité, il faut travailler sur d’autres so- lutions » , pointe son président, Daniel Goa. La question du rapatriement des complémentaires est encore plus clivante : quand l’UC appelle « à la grande prudence » , l’Uni s’agace du fait que « la Calédonie finance les retraites de Métropole » .Levée de boucliers de hierry Santa et de Christopher Gygès, côté Républicains : « On peut parler des taux de cotisation mais on est totalement opposé au rapatriement » , rappellent-ils. Calédonie ensemble ne s’exprime pas sur le sujet. Mais Philippe Germain a bien confirmé en début d’année, qu’il comptait « le mettre sur la table avec les partenaires sociaux » .Complémentaires en toile de fondEn toile de fond de cette mobilisation pour les retraites Cafat, un autre sujet très clivant. Car FO et l’USTKE estiment que « d’autres pistes de financement » doivent être trouvées pour les retraites de base. Et, comme la CPME, les deux syndicats n’hésitent pas à regarder du côté des retraites complémentaires, aujourd’hui confiées au régime national Agirc-Arrco. « On voit bien que ces régimes vont mal en Métropole et qu’il y a une volonté de les réformer, pointe Firmin Trujillo. On doit se poser la question de notre côté, faire un bilan, étudier toutes les solutions. » « Rapatrier » les complémentaires ? Une piste évoquée par Philippe Germain, qui a plusieurs fois dénoncé le « différentiel de 20 milliards entre les cotisations des Calédoniens et les pensions versées en retour » . Une affirmation vivement contestée par plusieurs partenaires sociaux. L’Usoenc, la CFE-CGC ou le Medef rappellent, en outre, que la caisse nationale est un « gage de sécurité pour les retraités du pays » et « qu’en aucun cas les cotisations des complémentaires ne peuvent être utilisées pour autre chose » .

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