Derrière une société de sécurité, des dizaines de millions blanchis, « Cafat / usagers » LNC 03.05.2019

Derrière une société de sécurité, des dizaines de millions blanchis, « Cafat / usagers » LNC 03.05.2019

FAITS DIVERS. Les gendarmes ont fait le ménage dans le milieu de la sécurité. Un patenté est accusé d’avoir blanchi plus de 57 millions de francs. Plus de dix millions d’avoirs criminels ont été saisis.Mener la grande vie aux frais des organismes sociaux et employer des personnes sans respecter une ligne du droit du travail ne lui posait vraisemblablement pas de soucis. Il a fallu des centaines d’heures d’investigation aux gendarmes de la section de recherche (SR), spécialisée dans les affaires financières, pour éplucher les comptes et l’activité d’un travailleur indépendant du territoire. Détenteur d’une patente pour une activité de sécurité et de gardiennage depuis 2013, ce Calédonien d’une cinquantaine d’années est accusé d’avoir employé illégalement une dizaine de personnes pendant des années et d’avoir blanchi des millions en trompant l’administration fiscale.Des transferts suspectsTout est parti d’un soir de mars 2017. L’inspection du travail contrôle trois hommes porteurs d’équipements sérigraphiés au nom de l’enseigne du patenté aux abords d’édifices publics. Une banale vérification qui va s’avérer fatale pour l’entrepreneur. Interrogés, les individus admettent qu’ils n’ont signé aucun contrat de travail, qu’ils ne reçoivent aucun bulletin de salaire et qu’ils sont payés 1 000 francs de l’heure. L’inspection du travail flaire la faille et les explications de la Cafat, qui indique que les personnes contrôlées sont inconnues en qualité de salariés du travailleur indépendant, confirment leurs suspicions. Le vice-procureur en charge du contentieux du travail dissimulé au tribunal de première instance de Nouméa saisit les gendarmes de la SR. Et ce qu’ils ont découvert est à peine croyable.En effet, en confrontant, pour chaque exercice, d’une part, le chiffre d’affaires obtenu par analyse de l’ensemble des comptes bancaires et, d’autre part le chiffre d’affaires déclaré, par le suspect aux services fiscaux, les enquêteurs ont mis en évidence que l’intéressé a dissimulé plus de 57 millions de francs.Les investigations ont, par ailleurs, mis en lumière plusieurs mouvements bancaires suspects puisque le patenté a pris soin, une fois que ses comptes étaient crédités par les prestataires, de retirer des sommes équivalentes en espèces. Un argument de plus pour la justice, convaincue que le suspect était bien conscient de l’illégalité de son activité. « Les importants chiffres d’affaires générés auprès de plusieurs donneurs d’ordre, dont une collectivité locale, n’ont pu être réalisés, au regard du nombre d’heures facturées, par un seul et même individu », confie une source proche du dossier, qui insinue donc que « le travailleur a eu recours à du personnel. Or la Cafat confirmera que le travailleur indépendant n’a jamais déclaré de salariés ».En attendant une éventuelle sanction pénale – le patenté est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Nouméa pour des faits de travail dissimulé et de blanchiment – la justice a déjà frappé. La section de recherche, appuyée par les moyens des enquêteurs du GIR (groupement d’intervention régional), a saisi plusieurs véhicules et un bateau au titre des avoirs criminels pour une valeur de plus de dix millions de francs.Une saisie provisoire dans l’attente d’une éventuelle confiscation ordonnée par le tribunal et qui devrait permettre au gouvernement calédonien de percevoir le manque à gagner de charges non payées. Et de rappeler aux entreprises de sécurité qu’on ne peut pas faire n’importe quoi impunément.

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