Le Sud change de main, pas le Nord et les Îles, LNC 13.05.2019

Le Sud change de main, pas le Nord et les Îles, LNC 13.05.2019

Calédonie ensemble cède la place à l’Avenir en confiance en province SudC’est ce qu’on appelle une franche alternance. L’alliance créée autour de Sonia Backès par le Rassemblement et le MPC a remporté une victoire haut la main avec 40,59 % des suffrages, plus du double des 18,49 % de Calédonie ensemble. La liste de l’Avenir en confiance a confirmé ce qu’avait laissé pressentir son récent meeting. L’unité retrouvée de formations qui ont toutes leur origine dans le Rassemblement a manifestement séduit les électeurs non indépendantistes qui se sont fait peur lors du référendum.Derrière, le FLNKS obtient sept sièges, et la liste communautaire de Milakulo Tukumuli, en passant la barre des 5 % des électeurs inscrits, se paie leluxe d’envoyer quatre élus à la province Sud, et trois au Congrès, ce qui la place en position de parti charnière. Les sept autres listes sont toutes éliminées, la lanterne rouge étant portée par Edouard Léoni et son score de 1,19 %. Quant au Rassemblement national, il fallait s’y attendre, il termine à des années-lumière du score réalisé par Marine Le Pen à l’élection présidentielle.PRÉSIDENCEEn obtenant la moitié des sièges, le mouvement de Sonia Backès est à une petite voix de la majorité absolue et est donc assuré d’obtenir la présidence de la province Sud. Reste à savoir s’il cherchera des alliances pour s’assurer une majorité plus confortable. Avec l’Eveil océanien, bien décidé à négocier son soutien. Avec Calédonie ensemble ? C’est à voir. Le parti de Philippe Gomès a souvent travaillé tantôt avec les uns, tantôt avec les autres, au gré des majorités d’idées.Enfin un constat. Malgré un enjeu bien particulier pour cette dernière élection de l’accord de Nouméa, la participation a encore baissé. Elle est évidemment bien loin de celle du référendum, mais avec 67,21 %, elle est presque cinq points inférieure à celle de l’élection provinciale Sud de 2014 (71,9 %). Pour mémoire, en 2009, la participation au Sud était de 74 %.Paul Néaoutyine vire en tête, Calédonie ensemble disparaîtEn 2014, l’UNI de Paul Néaoutyine et l’UC-FLNKS de Gilbert Tyuienon s’étaient livrés un duel ultra-serré avec neuf sièges chacun, au final, à l’assemblée de la province Nord. Les adversaires du patron sortant de l’institution, personnalité élue au poste depuis 1999, misaient sur une usure du pouvoir. Dimanche, la figure du Palika est en fait sortie en tête de la compétition électorale, et par là même, a assis tant son autorité politique que son bilan. Les communes de Poindimié, de Touho, et de Ponérihouen, ont semble-t-il fait pencher la balance. L’Union nationale pour l’indépendance a confirmé après les résultats du référendum. Paul Néaoutyine enchaîne sur un nouveau mandat. Qui peut avoircette fois un goût particulier. A l’image des îles Loyauté, une « démarche unitaire concertée », frappée du sceau du FLNKS, était menée avec la liste Union calédonienne dirigée par Daniel Goa, groupe qui décroche, ce 12 mai, neuf sièges. Le Front totalise donc dix-neuf strapontins à Koné, d’après les premiers résultats diffusés hier soir.Dix-neuf, sur vingt-deux. Grosse surprise, Agissons pour le Nord s’octroie trois fauteuils. Et Calédonie ensemble disparaît de l’hémicycle du Nord. Gérard Poadja, tête de liste, paye-t-il sa proximité avec Philippe Gomès ? Autrement dit, quand le chef du mouvement a le vent en poupe, l’homme du Nord en profite ? Mais quand le souffle faiblit, des voix diminuent ? Gérard Poadja, élu sénateur, s’est-il, en outre, aux yeux de son électorat, éloigné de la province ? A l’inverse, Alcide Ponga, d’Agissons pour le Nord, a battu le terrain ces dernières années. Ou plutôt les terrains. Dans la zone VKP, de par son activité de cadre à l’usine KNS. Mais aussi à Kouaoua, en tant que maire. Le référendum et l’affirmation de positions tricolores pour les électeurs loyalistes sont aussi passés par là. Nouveau venu, le MNIS ne parvient pas à percer. Et le Parti travailliste ne réapparaît pas dans les allées de l’assemblée. Le mouvement de LKU avait pourtant parié sur Rock Doui, avec l’espoir de retrouver le cercle des électeurs de 2009. En vain.L’Union calédonienne rate son pari aux îles Loyauté«Il n’y a pas de raison de douter » , répétaient les militants de l’Union calédonienne hier matin. En 2014, la liste UC-FLNKS avait remporté six sièges auxquels s’ajoutaient les deux de « l’UC Renouveau », alors mené par Jacques Lalié. Avec le retour du dissident par la grande porte – celle de la tête de liste – le cap des 8 sièges sur les 14 de l’assemblée des Îles, semblait accessible. Mais le confort de cette majorité absolue s’est éloigné. Avec six sièges et 37 % des voix, l’Union calédonienne reste le grand parti des Îles, mais devra composer avec d’autres.« Certains voulaient Néko plutôt que moi, alors ils ont voté pour le Palika, commente en milieu de soirée JacquesLalié, parfois critiqué pour le style de sa campagne, notamment sur les plateaux télé. Le résultat, c’est qu’on n’aura pas Néko ». Car, s’il avait clairement décidé de mettre un terme à ses 15 ans de présidence, Néko Hnepeune était resté sur la liste de l’UC… en 7e position. Excès de confiance ? Non, fidélité aux militants, corrige le président sortant, déçu, mais pas franchement effondré de passer à quelques voix de l’assemblée. Au Faré de la province, certains notent que l’UC aurait été plus à l’aise avec les 800 voix de la liste « Unitaire Kanaky Generation », lancée par un jeune dissident du parti. Le Palika, lui, est à la fête. L’autre poids lourd du FLNKS avait choisi la stabilité avec Charles Washetine. A raison : il réalise une percée historique – à Lifou en particulier. Ses 4 sièges lui permettront de peser dans la gestion des Loyauté. Il faudra aussi compter sur le Parti travailliste de Louis Kotra Uregei, ni puni ni récompensé de sa non-participation au référendum. En recul d’une centaine de voix, il conserve ses deux sièges, comme le LKS, mené par Omayra Naisseline, et qui prouve une nouvelle fois sa popularité à Maré. Quant aux non-indépendantistes, la défaite est sévère pour Simon Loueckhote, un peu moins pour Jean-Eric Naxue. Les deux le savaient : il aurait fallu additionner leurs voix pour gagner une place dans l’assemblée.L’écart se resserre encore au CongrèsDepuis le 4 novembre dernier, certains loyalistes craignaient un basculement du Congrès au profit des indépendantistes. Il n’aura pas lieu. Mais l’écart est plus faible que jamais. Selon les résultats en notre possession hier soir, et non encore confirmés, les nonindépendantistes n’auraient conservé la majorité que pour deux sièges. La nouvelle assemblée accueillera ainsi 28 élus loyalistes et 26 indépendantistes.Sur le plan strictement comptable, il y a pourtant plus de 59 500 voix qui se sont portées, dans toute la Calédonie, sur des listes de sensibilité loyaliste contre un peu moins de 46 700 voix sur les listes indépendantistes. Le tout pour plus de 110 100 bulletins exprimés. Bien sûr, tous ces suffrages n’ont pas été pris en compte puisque près de 10 000 d’entre eux se sont retrouvés sur de petites listes qui n’ont pas dépassé les 5 % des inscrits et n’ont donc pas eu d’élu.DE GROS RISQUES D’INSTABILITÉLa situation dans l’hémicycle sera donc inédite, d’autant plus que trois sièges seront occupés par l’Eveil océanien qui, s’il semble être logiquement classé dans le camp des loyalistes, ne s’est pour le moment aucunement avancé sur une potentielle alliance. Ce que le mouvement sera obligé de faire s’il veut intégrer un groupe à l’assemblée, le nombre minimum d’élus pour ce faire étant fixé à six.Quoi qu’il en soit, les cartes sont totalement rebattues boulevard Vauban. L’effondrement électoral de Calédonie ensemble met le parti de Philippe Gomès dans une position compliquée puisqu’il ne peut désormais plus, avec uniquement sept élus, que soutenir l’Avenir en confiance ou, a contrario, mettre la liste de Sonia Backès en difficulté… face aux indépendantistes.Car même après une victoire éclatante en province Sud, la liste d’union loyaliste sera en même temps le plus important groupe du Congrès, et de loin, mais elle sera tout de même obligée de composer pour obtenir une majorité. Il est d’ailleurs encore bien trop tôt pour imaginer ce que pourrait être le gouvernement. Les tractations des prochains jours vont être très importantes pour essayer de mettre en place une équipe capable de gouverner. Ce qui ne pourra bien sûr pas se faire sans les voix des perdants du jour. De leur côté, les indépendantistes, qui ont prouvé par le passé qu’ils savaient s’allier quand les circonstances l’exigeaient, vont certainement mettre tout leur poids dans la balance pour peser sur les réformes politiques à venir. Et face à des loyalistes aux idées parfois très éloignées, notamment sur le plan économique, ils pourraient bien avoir de nombreuses opportunités de faire passer leur vision des choses.La prochaine mandature pourrait ainsi voir naître des majorités de circonstance, qui ne seraient pas forcément les mêmes au gré des textes proposés aux élus.« Les cartes sont totalement rebattues boulevard Vauban »Les élus dans les trois provinces■ Dans le SudSonia Backès (AEC) Thierry Santa (AEC) Virginie Ruffenach (AEC) Gil Brial (AEC) Françoise Suve (AEC) Philippe Blaise (AEC) Laura Vendegou (AEC) Christopher Gyges (AEC) Isab. Champmoreau (AEC) Yoann Lecourieux (AEC) Naïa Wateou (AEC) Brieuc Frogier (AEC) M.Malfar-Pauga (AEC) Alesio Saliga (AEC) Nadine Jalabert (AEC) Lionnel Brinon (AEC) Aniseta Tufele (AEC) Guy-Olivier Cuenot (AEC) Marie-Jo Barbier (AEC) J.-Gabriel Favreau (AEC)Philippe Gomès (AE) Annie Qaeze (AE) Nicolas Metzdorf (AE) Magali Manuohalalo (AE) Philippe Dunoyer (AE) Emmanuelle Khac (AE) Phililppe Michel (AE) Nina Julié (AE) Jean Kays (AE) Roch Wamytan (FLNKS) Ithupane Tieoue (FLNKS) Louis Mapou (FLNKS) Marilyn Sakilia (FLNKS) Sylvain Pabouty (FLNKS) Inès Kouathe (FLNKS) Aloisio Sako (FLNKS) Milakulo Tukumuli (EO) Veylma Falaeo (EO) Vaimua Muliava (EO) Maria Lutovika (EO)■ Dans le NordPaul Néaoutyine (Uni) Nad. Wackenthaler (Uni) Jean-Pierre Djaiwe (Uni) Valentine Eurisouké (Uni) Joseph Goromido (Uni) Nadia Heo (Uni) Jean Creugnet (Uni) Patricia Goa (Uni) Victor Tutugoro (Uni) Ivana Bouanou (Uni) Daniel Goa (UC)C. Machoro-Reignier (UC) P.-Chanel Tutugoro (UC) Henr. Tidjine-Hmaé (UC) Pascal Sawa (UC) Maria Waka (UC) Gilbert Tyuienon (UC) Magalie Tingal (UC) Hervé Tein-Taouva (UC) Alcide Ponga (APN) Pascale Chiara (APN) Wilfrid Weiss (APN)■ Dans les ÎlesJacques Lalié (UC) Isa. Kaloï-Bearune (UC) Mathias Waneux (UC) Reine Vendegou-Hue (UC) Charles Yeiwene (UC) Julienne Lavelloi (UC) Ch. Washetine (Palika) Louise Wahetra (Palika) Robert Kapoeri (Palika) Christ. Ouassaoua (Palika) Louis-Kotra Uregei (PT) Kadrilé Kuiesine (PT) Omayra Naisseline (DA) Basile Citré (DA)

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