Tout savoir sur le projet Wolbachia, « Cafat / santé » LNC 29.05.2019

Tout savoir sur le projet Wolbachia, « Cafat / santé » LNC 29.05.2019

Alors que près de 3 500 personnes ont contracté la dengue depuis le 1er janvier et que deux décès sont à déplorer, le World Mosquito Program, dont Magali Dinh (notre photo), mène un important travail d’information auprès de la population pour expliquer le projet.
Réduire les épidémies de dengue en transmettant une bactérie naturelle à son vecteur, l’Aedes aegypti, c’est l’objectif du World Mosquito Program (WMP). Une démarche qui interroge et qui peut aussi inquiéter. Magali Dinh*, du WMP répond aux questions les plus fréquentes. Vous importez des moustiques, et potentiellement, de nouvelles maladies.

Le moustique sur lequel on travaille est bien un moustique calédonien pour éviter tout risque qui pourrait être lié à l’introduction d’insecte de l’extérieur. C’est à notre moustique calédonien auquel on a mis la bactérie naturelle Wolbachia. Que ce soit le moustique ou la bactérie, ils existent tels quels sur le territoire.

Vous allez rendre le moustique malade avec la bactérie.

Il y a de bonnes et de mauvaises bactéries. Wolbachia fait partie des bactéries qui sont inoffensives pour l’homme, les animaux et l’environnement. Une fois à l’intérieur du moustique, elle va avoir un effet « barrière » pour éviter la transmission des virus entre le moustique et l’homme.

Vous allez créer un moustique mutant.

L’Aedes aegypti ne peut pas muter car il n’y a pas de modification génétique du moustique, ni de cette bactérie. Nous avons vingt ans de recul en laboratoire, huit ans d’expérience en Australie, il n’y a pas de transformation, mais bien une cohabitation.

Vous jouez avec la nature.

Ponctuellement, on va intervenir pour que le moustique et cette bactérie s’associent. Mais c’est une action ponctuelle. Car une fois que la population de moustiques porteurs de cette bactérie sera lâchée dans la population, cela va s’entretenir tout seul par le biais de la reproduction et établir de façon pérenne cette bactérie dans la population générale de moustiques.

Si je me fais piquer par un moustique porteur de cette bactérie, peut-il me contaminer ?

Non, la seule façon de transmettre cette bactérie, c’est par le biais des oeufs, de génération en génération, chez l’Aedes aegypti. Elle ne peut être transmise par une piqûre. 60 % des insectes dans la nature sont porteurs de cette bactérie, dont les libellules, les mouches des fruits et les papillons mais aussi une espèce de moustique qui pique et qui est porteuse de cette bactérie, ce qui nous permet de savoir qu’elle est inoffensive pour l’homme.

Quel est l’intérêt de ce projet alors que le moustique va quand même continuer à piquer ?

Certes, il va toujours piquer mais il ne va plus transmettre la dengue, le Zika ou le chikungunya. Il ne faut pas oublier que, quand on contracte la dengue, il peut y avoir des effets secondaires. On en est à peu près à 300 personnes hospitalisées depuis le 1er janvier. Certaines ont été placées en réanimation, ce qui signifie que ce sont des cas graves. On peut avoir la dengue, aller un peu mieux et avoir d’autres effets secondaires. Ils peuvent toucher la vue ou des organes.

De toute façon, moi, je suis en bonne santé.

Aujourd’hui, les médecins ne peuvent pas savoir comment une personne va réagir après avoir contracté la dengue. Certaines ne vont même pas consulter et juste passer quelques jours au lit quand d’autres vont devoir être hospitalisées. Ce n’est ni une question d’état de santé, ni d’antécédents.

S’il y a un lâcher de moustiques sur Nouméa, les communes avoisinantes seront elles aussi protégées ?

Non, car le moustique ne se déplace que très peu autour de son gîte larvaire. Pour couvrir une commune, nous relâchons des moustiques tous les 100 à 150 mètres pour s’assurer que la population de moustiques porteuse de Wolbachia s’installe correctement.

Est-ce viable financièrement ?

Une épidémie de dengue, tous frais confondus, coûte 1,6 milliard, selon une étude de la Direction des affaires sanitaires et sociales de 2014. Sans parler des vies bouleversées par des décès ou des séquelles. Le projet en lui-même coûte 230 millions sur deux ans pour sa mise en place. Cela revient à près de 80 millions à la ville de Nouméa, sachant que le coût annuel pour leurs équipes d’épandage, de prévention et de communication, avoisine chaque année les 100 millions.

Savoir +

Numéro vert : 05 00 08 ; e-mail : contact.nc@worldmosquito.org et Facebook :

Le World Mosquito Program et Nouméa
Le 5 mars 2018, l’Institut Pasteur, la Direction des affaires sanitaires et sociales, la ville de Nouméa et le World Mosquito Program (WMP)ont signé une convention pour la mise en place d’un programme qui vise à réduire les épidémies de dengue, de Zika et de chikungunya.

Il consiste à introduire une bactérie, nommée Wolbachia, dans des moustiques Aedes aegypti pour réduire leur capacité à transmettre ces arboviroses.

Ils sont ensuite relâchés pour se reproduire avec les moustiques « sauvages » et transmettre la bactérie à leur descendance. Ce programme a déjà été mis en place dans onze pays, dont le Brésil, le Vietnam, l’Australie, Fidji et le Vanuatu.

Indispensable accord des Nouméens
Un sondage, en porte-à-porte, ainsi que dans les lieux de grand passage, est en cours, jusqu’à la mi-juin, pour recueillir l’adhésion des Nouméens. Si ces derniers sont d’accord, les lâchers pourront débuter en juillet.

Et le reste du pays ?
« Après Nouméa, nous espérons continuer à étendre le programme à d’autres communes » , confirme

Magali Dinh.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *